Le moro-sphinx, Macroglossum stellatarum, est ce petit papillon qui, en plein jour ou au crépuscule, semble imiter un colibri. Son vol stationnaire et sa longue trompe (proboscis) le rendent particulièrement facile à remarquer quand il butine des fleurs nectarifères. Dans cet article je décris comment l’identifier, comprendre son cycle de vie, et aménager un jardin pour l’attirer sans danger pour vos cultures ni pour vous.
Identification : les signes faciles à repérer
Le moro-sphinx a une envergure modeste d’environ 40 à 50 mm. Son corps est trapu, souvent brun-gris rayé, et ses ailes antérieures sont allongées. Le comportement le plus distinctif est le vol stationnaire devant les fleurs, battements d’ailes très rapides et proboscis déployée comme un petit tuyau pour atteindre le nectar. Contrairement au colibri (oiseau), il a des ailes translucides parfois floutées par la rapidité, et sur une photo rapprochée vous verrez clairement huit pattes et une trompe enroulée au repos.
Différences avec un colibri ou d’autres insectes
Un colibri est évidemment plus grand, a un bec rigide et une silhouette d’oiseau. Les autres papillons butineurs volent rarement en stationnaire prolongé ; les syrphes (mouches) peuvent imiter le vol du moro-sphinx mais ont un corps différent et des yeux composés très visibles. Le moro-sphinx est actif en journée mais aussi au crépuscule, ce qui explique qu’on le remarque souvent à la tombée du jour autour des fleurs parfumées.
Cycle de vie et comportement migratoire
Comme tous les lépidoptères, le moro-sphinx passe par œuf, chenille, chrysalide et imago (adulte). Les chenilles se nourrissent principalement de plantes de la famille des Rubiacées, notamment des Galliums (gaillets), et parfois d’herbes comme la rumex. Les populations européennes sont partiellement migratrices : elles remontent depuis les régions plus chaudes (Afrique du Nord, sud de l’Europe) vers le nord en été. On observe des pics de présence de mai à septembre selon la latitude et la disponibilité du nectar.
Plantes et aménagements pour l’attirer
Le principe de base est simple : offrir des fleurs riches en nectar, de préférence tubulaires, et une succession de floraisons de printemps à automne. Plantez en groupes pour augmenter la visibilité, préférez des emplacements ensoleillés et abrités du vent, et évitez les pesticides. La présence d’un point d’eau peu profond et de zones où les chenilles peuvent se développer (quelques plantes-hôtes comme galliums) augmentera vos chances d’observer toutes les phases de son cycle.
| Plante | Floraison | Atout pour le moro-sphinx |
|---|---|---|
| Lavande (Lavandula) | Été | Nectar abondant, attire fortement les butineurs diurnes |
| Buddleia (lilas d’été) | Été à automne | Inflorescences très attractives, visibles de loin |
| Phlox | Été | Fleurs ouvertes permettant le vol stationnaire |
| Lonicera (chèvrefeuille) | Fin printemps, été | Fleurs tubulaires parfumées au crépuscule |
| Salvia et verbena | Printemps à automne | Floraison longue et accessible |
Conseils pratiques de jardinage
- Plantez des masses de la même espèce plutôt que des isolats pour attirer plus facilement les papillons.
- Favorisez une succession de floraisons : mélangez plantes de printemps, d’été et d’automne.
- Évitez les insecticides systémiques et les sprays chimiques, qui tuent ou affaiblissent les butineurs et leurs larves.
- Laissez quelques zones « sauvages » ou des galliums pour permettre aux chenilles de se développer.
- Installez un point d’eau peu profond et des pierres au soleil pour les insectes à la recherche de chaleur.
Cohabitation avec le potager et sécurité
Le moro-sphinx n’est pas nocif pour l’homme et cause rarement des dégâts importants aux cultures. Les chenilles peuvent parfois grignoter des feuilles, mais elles sont peu nombreuses et facilement tolérables dans un jardin biologique. Si vous observez des chenilles en grand nombre sur une plante utile, le ramassage manuel est une solution simple. Favoriser la biodiversité et refuser les traitements chimiques protège à la fois les pollinisateurs et vos récoltes.
Participer à la science citoyenne
Si vous photographiez un moro-sphinx, pensez à signaler votre observation sur des plateformes comme iNaturalist ou faune-france. La date, la localisation et la photo aident les naturalistes à suivre les mouvements migratoires et l’évolution des populations. Une courte série de photos (distant, rapproché, vue de profil) suffit généralement pour une identification fiable.
En résumé, attirer le moro-sphinx est à la portée de tout jardinier : plantez des fleurs nectarifères, évitez les pesticides, fournissez de la diversité et un peu d’abri. En retour vous profiterez d’un spectacle vivant et silencieux, semblable à celui d’un petit colibri, qui enrichit la biodiversité de votre jardin.





